Ce samedi soir au Miami Stadium, face à l’Angleterre, une page monumentale de l’histoire du football français va se tourner. Après 14 années d’un règne ininterrompu, Didier Deschamps s’apprête à diriger son tout dernier match sur le banc de l’équipe de France. Nommé en 2012 pour reconstruire une sélection en ruines au lendemain des traumatismes de Knysna et d’un Euro anonyme, le technicien basque tire sa révérence sur un ultime paradoxe, entre splendeur passée et amertume présente.
Un bâtisseur de victoires et une culture de la gagne
Le bilan comptable et structurel de Didier Deschamps à la tête des Bleus parle d’abord pour lui. En l’espace de quatorze ans, il a normalisé la présence de la France dans le dernier carré des plus grandes compétitions internationales, faisant d’un groupe autrefois instable une véritable machine à gagner.
L’acte fondateur (2013) : Le barrage retour mythique contre l’Ukraine (3-0) qui évite le crash industriel et lance une nouvelle ère.
Le sommet de Moscou (2018) : Le sacre suprême en Russie, où il décroche la deuxième étoile de l’histoire du football français, entrant dans le cercle très fermé des hommes sacrés champions du monde comme joueur puis comme sélectionneur.
Les finales de légende (2016 et 2022) : Malgré les larmes contre le Portugal à l’Euro et le scénario d’anthologie perdu aux tirs au but face à l’Argentine au Qatar, Deschamps a réinstallé les Bleus au centre de la planète football.
Le paradoxe stylistique de la Coupe du Monde 2026
Ironie de l’histoire, c’est en décidant de rompre avec son propre ADN pragmatique que Didier Deschamps a précipité la fin de son aventure. Longtemps critiqué pour un jeu jugé trop restrictif à l’instar d’un Euro 2024 soporifique où les Bleus s’étaient hissés en demi-finale sans marquer le moindre but dans le jeu, le sélectionneur a tenté une révolution culturelle en Amérique du Nord.
Libéré de ses chaînes tactiques, il a présenté un visage ultra-offensif emmené par le trio infernal Mbappé-Olise-Dembélé. Un choix salué par la critique tout au long du tournoi, jusqu’au crash brutal en demi-finale face à l’Espagne (2-0). Ce revirement tardif fait aujourd’hui dire aux observateurs britanniques, notamment The Guardian, que Deschamps « paie le prix de s’être libéré des chaînes qui l’ont mené à la gloire ».
Un bilan exceptionnel ou un mandat trop long ?
Alors que résonne l’heure du bilan, la trace laissée par “DD” divise la famille du football français. Pour ses partisans, son palmarès est intouchable et son travail monstrueux a replacé la France tout en haut de la hiérarchie mondiale.
Pour ses détracteurs, à l’image du consultant Jérôme Rothen, le Basque s’est accroché un peu trop longtemps à son poste, ternissant la fin de son épopée par deux Euros ratés (2021, 2024) et cette immense désillusion finale en 2026. Devenu le sélectionneur le plus capé de l’histoire de la Coupe du Monde durant ce tournoi, Deschamps dispose d’un ultime choc face aux Three Lions pour s’offrir une sortie digne de son immense parcours.